Parlons des ICC (Industries Culturelles et Créatives). Cette appellation n’est juste et pertinente que pour les espaces qui, depuis des décennies, ont mis en place des politiques publiques et des structures permettant de créer une véritable économie de la culture et de la création.
Il est évident que les tendances sont très souvent définies par ceux qui les créent et qui nomment leurs réalisations. Par la suite, dans de nombreux espaces du continent, nous suivons ces tendances. Malheureusement, nous les suivons souvent mal, car seule la partie visible des réalisations des autres nous intéresse.
Il me semble donc prématuré de parler d’industries culturelles et créatives, sauf pour rappeler qu’il est nécessaire de mettre en place les structures et les politiques qui permettront, peut-être dans une vingtaine d’années, de parler réellement d’industries culturelles et créatives en Afrique.
Je m’explique.
Pour qu’il y ait une industrie, il faut de la consommation. Et pour qu’il y ait consommation de produits culturels, il faut une éducation à cette consommation. Pour qu’il y ait cette éducation, il faut des infrastructures, des productions de qualité et une consommation locale suffisamment forte pour créer une économie durable.
Aller voir un spectacle, acheter une œuvre d’art ou fréquenter un lieu culturel devrait être une démarche liée à un projet d’émancipation individuelle et collective. Nous devrions consommer des produits culturels parce qu’ils sont essentiels à notre équilibre et à notre développement.
Prenons un exemple simple. Le pain ou les croissants, tels qu’ils sont consommés aujourd’hui par certaines classes de la population africaine, ne sont pas issus des traditions alimentaires locales. Pourtant, parce que les populations ont été éduquées à les consommer, elles ont intégré ces produits dans leur quotidien.
Personne n’achète une baguette pour soutenir son boulanger. On l’achète parce qu’elle répond à un besoin : se nourrir.
Le jour où les produits culturels seront consommés parce qu’ils répondent à un besoin réel, parce qu’ils seront considérés comme une nécessité et non comme un luxe, ils créeront naturellement de la valeur économique. Ils feront vivre toute une chaîne de métiers et d’activités. C’est à ce moment-là que nous pourrons commencer à utiliser avec justesse le terme ICC.
D’ici là, nous devons impérativement arrêter de faire les choses par imitation et commencer à construire nos propres modèles, adaptés à nos réalités.
Blick Bassy
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