On demande aux femmes artistes et entrepreneures culturelles de devenir des CEO.
Mais on ne paie que celles qui acceptent d’être produit. C’est le double contrat qu’on signe à notre insu et qui convoque à la fois le vice et le malsain. Le matin, on nous réclame des business plans, des projections, une vision à 5 ans. Le soir, on veut nous payer pour un corps, un sourire, un challenge TikTok, une posture dans le noir.
Le piège, il est là. Celle qui reste droite dans ses bottes, on l’appelle compliquée et pas bankable.
Celle qui accepte d’être juste produit, on dit d’elle qu’elle est inspirante... jusqu’à ce qu’elle vieillisse, qu’elle change d’avis, qu’elle dise NON. Parce que le 'produit' a une date de péremption. La CEO, elle, bâtit un projet, un catalogue, une équipe, un héritage. Mais, les chèques arrivent plus vite quand tu coches vendable que quand tu coches visionnaire.
Ce ne sont pas les femmes avec la vision qui manquent en Afrique. Ce qui manque, c’est des systèmes qui financent la vision plutôt qu’uniquement l’image. On manque de labels qui investissent sur des années, pas sur un single viral. On manque de sponsors qui accompagnent pour l’impact, plutôt que pour le buzz. On manque de médias qui parlent de la qualité de l’œuvre plutôt que du corps et de la tenue.
Alors oui, il faut être droite dans ses bottes, téméraire, ancrée dans ses valeurs. Et avoir la foi solide pour ne pas vaciller quand le système tire vers le bas.
Parce qu’il vient ce jour où on paiera les femmes pour leur stratégie plutôt que pour leur silhouette. Ce jour-là, deviens CEO fera sens, ce ne sera plus un slogan. Ce sera une réalité. Et l’industrie culturelle africaine cessera d’exporter du talent brut pour commencer à bâtir des empires.
Nadine Gérard
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