Quand vous laissez un message à Yvan Larumeur, les chances qu'il vous réponde dans la minute sont infimes. Mais lorsqu'il se libère enfin, la réponse arrive immédiatement avec courtoisie et bienveillance. Et si, par malheur, le fruit de vos échanges s'évapore au bout de 24 heures, la faute aux messages éphémères qu'il affectionne sur WhatsApp, Mendjana Amenda Yvan Loïc Jérôme, de son vrai nom, n'hésite pas à reprendre l'exercice de l'interview depuis le début. Loin de s'en agacer, il se livre alors avec la plume prolixe et inspirée d'un écrivain. Ce calme et cette patience méticuleuse, il les applique tout autant à son art. À quelques heures de monter sur la scène d'Akanga Art pour le Monday Free Jam, le bassiste a d'ailleurs mis les bruits du monde sur pause. « Je suis dans une phase où je me recentre sur l’essentiel : la musique, l’écoute, et la connexion avec les autres musiciens », confie-t-il. Loin de la simple démonstration, il perçoit cette jam session comme « un espace de liberté, mais aussi de vérité artistique » où il s'agit de dialoguer musicalement avec le public.
Ce dialogue, il l'a entamé bien loin des projecteurs des festivals. Tout a commencé à Obala, où il a découvert les premières notes de musique. Très jeune, il y dompte le balafon en autodidacte, avant de faire ses premières armes comme percussionniste pour l'émission Vendredi show de la Crtv. Repéré pour son oreille attentive, il intègre l'école de musique de la cathédrale Notre-Dame du Mont-Carmel, où le piano lui ouvre les portes vertigineuses du jazz. Mais le véritable choc esthétique survient avec la découverte de la guitare basse. « Fasciné par la richesse de cet instrument, je décide de lui consacrer toute mon énergie », se souvient-il. C'est ainsi qu'il ira forger son propre groove auprès de Bruno Tauzin, célèbre professeur de basse français. Devenu un accompagnateur redoutable, il impose sa signature rythmique, fortement imprégnée de jazz fusion et de rock, derrière des grosses pointures de la musique camerounaise comme Lady Ponce, Mani Bella, Salatiel, ou au sein du groupe de rock Isabella.
Pourtant, réduire Yvan Larumeur à un simple exécutant virtuose serait méconnaître l'épaisseur de l'homme. Ce petit-fils de la tribu Abam, originaire du village d’Ebon en pays Eton, porte en lui la musique comme un héritage génétique, nourri dès l'enfance par un père lui-même guitariste. Animé par l'excellence et la discipline, il conçoit son art bien au-delà de la performance. Aujourd'hui enseignant de musique, vidéaste, créateur de contenus et entrepreneur, il a transformé sa passion en un véritable sacerdoce. « Je mets mon expérience au service de la transmission et de la valorisation du patrimoine musical africain », affirme-t-il avec conviction. Une promesse d'authenticité qu'il s'apprête à honorer sur la scène du Monday Free Jam. L'occasion rêvée pour ce bassiste de joindre l'acte à la parole, et de propager la rumeur de son immense talent.
Willy Latale
Commentaires (0)
Laisser un commentaire
Soyez le premier à commenter cet article !