C’est dans la douleur d’une enfance difficile qu’elle a puisé le plus mélodieux de ses refrains. « Enying Yama », en français « Ma vie », est ce titre phare en langue Eton qui témoigne de l’attachement profond qu’elle porte à sa culture et à sa foi en Dieu. Orpheline à l’âge de huit ans, la petite Ngono Eneli Elodi de son vrai nom ne reçoit que très peu de soutien et subit les persécutions de sa famille d’accueil. C’est dans la musique et la religion que cette native de la Lékié va puiser la force de survivre et de s'élever. Son aventure commence dès l’âge de neuf ans à la chorale, avant de se structurer au studio de son lycée. En décembre 2023, sous le label Nsalen Y'Africa Productions, elle choisit de transformer ses fêlures en messages d'espoir à travers ses premiers singles, notamment « Mô Nyuï » (Orpheline).

Ce parcours de vie forge aujourd'hui son style musical, véritable mariage entre dévotion chrétienne et richesse culturelle. Clipé au cœur de la forêt équatoriale, le clip d'« Enying Yama » raconte la quête désespérée d’une femme qui trouve son salut dans une force divine. À travers ses compositions, Epiri Enel ne mise pas uniquement sur la beauté des mots ou des rythmes entraînants. Elle chante avant tout pour rendre hommage à ses origines et célébrer le Dieu « qui l’a tirée de la boue », faisant de son art une ouverture sur son passé.

Depuis, l'artiste multiplie les scènes pour propager un message de paix et de fierté africaine. De l'Institut Français du Cameroun à la foire Ya-Fe, elle est devenue une habituée du public. Sa performance spectaculaire au Festival du Théâtre pour l’Enfant Africain en juillet 2024 avait déjà marqué les esprits, une trajectoire ascendante confirmée par son triomphe d'hier à Escale Bantoo. « Si ma musique est capable de toucher ne serait-ce qu’une seule personne dans le monde, alors j’en suis pleinement satisfaite », confie-t-elle avec humilité.

Anne Bassong