Si l’amour n’est pas votre raison de vivre, fuyez immédiatement l’album Awake de Sandrine Nnanga. Par contre, si vous carburez au romantisme brut et aux sérénades passionnées, sachez que votre disque de l’année vient de paraître. Sur 13 titres, 11 prêchent la même messe conjugale. De « Bipolaire » à « Ndolo 2 », en passant par « Laissez » ou « Ma prière », le projet s'articule comme une fusion amoureuse et spirituelle obsessionnelle, où l'équation 1 + 1 = 1 devient un socle identitaire. Cette quête d'éveil par l'autre se calque fidèlement sur l'imagerie de la pochette : une silhouette en robe blanche émergeant d'un tunnel obscur, baignée par une lumière divine. Si l’intention de célébrer la force de son union et la paix intérieure est noble, cette dévotion exclusive transforme l'écoute en un long fleuve tranquille, linéaire et parfois prévisible.
Musicalement, l'artiste joue la sécurité en s'enfermant dans une Urban k-mer minimaliste, fidèle à son ADN. Pas de constructions harmoniques complexes, juste un canevas classique de piano-guitare sur batteries programmées. Sandrine Nnanga tente bien de réveiller le terroir en injectant des vibrations bikutsi sur « Sobo », du makossa sur « Ndolo » ou du benskin sur « Beni de Dieu », mais l'ensemble reste sur les sentiers battus. Le vrai coup de cœur de cette sobriété reste « Tu m’as aimé », magnifié par le saxophone de Flobert Wandja qui apporte une ambiance sensible et mélancolique, particulièrement réussie !
Sur le terrain des featurings, le concept du « nous » se matérialise avec une efficacité chirurgicale. Le duo avec Salatiel sur « Nous deux » s'avère redoutablement efficace grâce à un refrain partagé à deux voix qui incarne parfaitement la fusion du couple, tandis que la complicité avec Ada Akenji livre une déclaration d'une grande sincérité. Face à la légende Ben Decca sur « Ndolo 2 », le respect mutuel opère sans fard. En revanche, le bât blesse sur « Nsili » : l’intervention vocale masculine y est si mal agencée et en rupture de fréquence qu'elle brise net la cohérence acoustique globale. Plus proche de la longue lettre ouverte que d'une collection de tubes radiophoniques, « Awake » est une œuvre autocentrée. Une profession de foi d'une honnêteté incontestable, mais dont la linéarité thématique risquent de déplaire aux amateurs de variations et de navigation musicale.
Papy Groove
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